Films, avocats, et apprendre à gérer la douleur

par Steve Hayes – traduit avec son aimable autorisation (image du film : Avocado Man)

Les écrans sont partout dans le monde moderne. Nous les accrochons à nos murs et les appelons téléviseurs ; nous les transportons dans nos sacs de livres et les appelons ordinateurs portables ; nous les portons dans nos poches et les appelons smartphones. Ce qui se trouve sur tous ces écrans est littéralement tout ce que nous pouvons imaginer. Des films d’horreur et des dessins animés pour votre enfant de cinq ans. Des histoires d’amour déchirantes qui se terminent par un double-suicide (à la Roméo et Juliette), et puis, en un clic, une analyse des derniers mouvements de la bourse. 

Et pourtant, peu importe ce qui se passe sur les écrans que nous portons, les machines qui délivrent les images ne sont pas affectées. Toutes les horreurs passeront. Chaque absurdité enfantine prendra fin. Chaque moment d’amour cesse d’être, et même la scène la plus ennuyeuse trouve finalement une conclusion. Les spectacles changent sans cesse, mais les écrans restent inchangés.

Vos pensées, vos sentiments, vos souvenirs et vos sensations sont comme des extraits d’un spectacle sur écran. Certains d’entre eux sont joyeux, et ils vous rendent heureux et satisfait. D’autres sont horribles, et ils vous rendent anxieux et déprimé. Et pourtant, tôt ou tard, ils passent tous. Et tout comme les écrans, la conscience elle-même reste inchangée.

Il est facile de se perdre dans les événements qui se déroulent sur ces écrans. Un bon film peut vous faire oublier que vous êtes assis sans bouger pendant des heures, sans rien faire d’autre que de regarder droit devant vous. Et de la même manière, vous pouvez vous perdre dans vos propres expériences, sans vous rendre compte que vous les vivez. Cela peut être amusant lorsque vous regardez un film dans un endroit sûr. Cela peut devenir un cauchemar lorsque vous êtes perdu dans des schémas mentaux répétitifs qui sont devenus tellement omniprésents et dévorants que vous oubliez que vous êtes une conscience. 

Dans un sens, vous oubliez même que vous existez. Vous devenez l’histoire et les clips sur l’écran. A ce moment-là, la vie est en pilote automatique et la direction de la vie est basée uniquement sur des habitudes aveugles.

Il suffit de presque rien pour rompre le charme et retrouver la capacité de choisir. Juste remarquer ce qui apparaît. Et puis de nommer ce qui est présent, avec une attitude de curiosité appréciative. C’est tout.

“Il y a de l’anxiété.” “J’ai une douleur à la gorge.” “Oh, regardez-moi ça ! Il y a la pensée que je vais mourir seul.” Quoi que soit ce qui apparait, remarquez-le et nommez-le. Regardez vos pensées et vos sentiments se dérouler comme un film sur l’écran. Regardez-les de manière impartiale, avec un air de calme et de dégustation attentive : d’appréciation.

“Appréciation” vient d’une racine latine qui signifie fixer un prix – déterminer une valeur. Lorsque vous êtes curieux, vous apportez de l’attention à ce processus. N’observez pas et ne décrivez pas vos expériences pour les rejeter, ni pour les croire – ralentissez et soyez là afin de pouvoir être présent à ce qui est. Peut-être remarquerez-vous quelque chose de nouveau ou d’utile dans votre expérience, peut-être pas. Soyez ouvert à ce que vous pouvez trouver. Dans tous les cas, vous en apprendrez davantage sur votre propre histoire et vos habitudes mentales. Dans tous les cas, vous êtes là.

Il est souvent utile d’imaginer vos pensées et sentiments douloureux comme un objet. Si votre douleur avait une forme, quelle forme aurait-elle ? De quelle couleur serait-elle ? A-t-elle une surface régulière ou piquante ? Combien pèse-t-elle ? Et où dans votre corps pouvez-vous la sentir ? Plus vous êtes précis, mieux c’est. Par exemple, vous pouvez imaginer votre douleur comme un gigantesque avocat.

En observant votre douleur (ou dans ce cas, votre avocat), expirez lentement. Continuez jusqu’à ce que vos poumons soient vides, puis faites une pause de trois secondes. Inspirez à nouveau lentement et imaginez que votre souffle circule dans et autour de votre douleur (ou dans ce cas, autour de votre avocat). Continuez à respirer de cette manière, en vous ouvrant et en faisant de la place.

Pendant que vous respirez dans votre douleur, continuez à l’observer. Votre avocat peut devenir plus gros ou plus petit. Il peut rester ou partir. Croyez-le ou non, les deux sont parfaits. Il ne s’agit pas de faire disparaître votre douleur, mais d’apprendre à vivre avec elle, sans qu’elle ne vous dicte votre vie. Vous pouvez arrêter de vous battre et, au contraire, vous réengager dans le monde qui vous entoure et faire ce qui compte vraiment pour vous.

Comme toute autre compétence, apprendre à faire de la place aux pensées et aux sentiments difficiles demande de la pratique. Cela peut sembler gênant au début, mais deviendra plus naturel au fur et à mesure que vous le ferez. Chaque fois que la douleur se manifeste, remarquez-la, nommez-la, puis observez ce qui se passe, avec une attitude de curiosité appréciative. Vous pouvez imaginer la forme et la couleur de votre douleur, ainsi que sa localisation dans votre corps. Une fois que vous l’avez visualisée, respirez, ouvrez-vous et faites de la place.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un merveilleux protocole d’auto-assistance qui vous permet d’en savoir plus sur les raisons de l’efficacité de cette technique, ainsi que d’autres outils et techniques gratuites pour gérer le stress, quel qu’il soit. Notez que cet article est la cinquième partie d’une série de cinq articles qui correspondent plus ou moins au programme de l’OMS. Portez-vous bien, et pensez à partager cette ressource.

Version originale sur le site du Pr. Steven Hayes. Pr. Steven C. Hayes, est l’un des fondateurs de la thérapie ACT, la thérapie d’acceptation et d’engagement.

One thought on “Films, avocats, et apprendre à gérer la douleur

  1. Entre défocalisation et recentrage, l’approche de l’objet douleur de cet article est très intéressant tel que présenté.
    Toutefois, et ça n’est que mon avis, ceci suppose une déconnexion efficace de l’esprit critique ou, comme je le comprends d’autres sources, du juge intérieur sans quoi l’exercice apparaît un peu plus acrobatique qu’un moment de pur plaisir devant un bon fim (surtout quand il s’agit de douleur physique/morale). Mais qui a dit que l’exercice devait être simple après tout ? Peut être que c’est là le but de l’exercice (comme une pratique sportive de plus en plus régulière) : plus vous pratiquez plus c’est efficace ? On ne peut pas se plonger dans cette approche si on sait qu’on laissera tomber au bout de deux fois (je sais un petit peu de quoi je parle, désolé de faire l’avocat du diable).
    J’ai cependant apprécié l’écriture et le but (atteint) de cet article et je remercie l’auteur du blog de nous l’avoir francisé et partagé. Bon esprit.

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